En 1951, le premier pneu sortait des lignes de production de l’usine de Colmar-Berg. Soixante-quinze ans plus tard, la présence de Goodyear au Luxembourg ne se résume plus à un simple site industriel : elle constitue l’un des piliers européens du groupe, mêlant production, recherche et fonctions stratégiques. Au fil des décennies, l’entreprise a profondément façonné l’écosystème industriel du nord du pays, tout en accompagnant les mutations technologiques de l’industrie pneumatique.
Un site industriel ancré dans l’histoire
L’histoire du site de Colmar-Berg s’inscrit dans une tradition industrielle bien plus ancienne que l’arrivée du manufacturier américain. Avant même la Première Guerre mondiale, une forge occupait déjà les lieux, témoignant d’une vocation industrielle remontant au XVIIIe siècle. Le site est ensuite acquis et transformé, avant que Goodyear ne décide d’y implanter une unité de production au début des années 1950.
Le 31 janvier 1951, le premier pneu y est produit, marquant le début d’une remarquable aventure industrielle. Aujourd’hui, l’entreprise emploie environ 3.400 collaborateurs répartis entre Colmar-Berg, Bissen et Dudelange, constituant l’un des plus grands employeurs industriels du pays.
Un pôle stratégique pour l’Europe
Au fil des décennies, la présence luxembourgeoise du groupe s’est considérablement diversifiée. Dès 1957, Goodyear implante au Luxembourg un centre d’innovation, le Goodyear Innovation Center Luxembourg (GIC*L), qui est aujourd’hui l’un des deux centres d’innovation du groupe avec celui d’Akron dans l’Ohio, siège historique de Goodyear aux Etats-Unis.
Le Goodyear Innovation Center Luxembourg emploie aujourd’hui près de 1.000 ingénieurs, chercheurs, techniciens ou designers et accompagne les différentes unités de produits du groupe (Consumer, Commercial et Racing) dans le développement de nouveaux produits et technologies liés aux pneus. Sa présence a progressivement attiré d’autres fonctions stratégiques : certaines opérations européennes du groupe sont aujourd’hui coordonnées depuis le Luxembourg, tandis que le siège régional reste situé à Bruxelles.
Dans les années 1970, l’écosystème industriel s’élargit encore avec l’installation d’unités de production spécialisées, notamment une usine de moules, une tréfilerie pour pneus, entre-temps fermée, et un circuit de test. Plus récemment, le groupe poursuit sa transformation avec le développement de nouvelles infrastructures : à Bissen, le Luxembourg Automation Campus doit regrouper d’ici 2027 plusieurs centaines de collaborateurs.
Selon Alex Schumann, directeur de la production chez Goodyear Luxembourg, le fabricant de pneus a connu une étape majeure au Grand-Duché avec l’inauguration de sa nouvelle usine à Dudelange en 2022. Ce site, résultat d’un investissement important dans un procédé industriel numérique 4.0, est aujourd’hui l’usine la plus moderne et la plus automatisée du groupe.
Une usine spécialisée dans les pneus poids lourds
Le cœur historique du dispositif industriel reste l’usine de Colmar-Berg. Celle-ci est spécialisée dans la production de pneus pour poids lourds, un segment exigeant où la performance et la durabilité sont déterminantes pour les clients professionnels.
Chaque jour, environ 5.500 pneus y sont produits selon un processus industriel que nous fait découvrir Alex Schumann. La fabrication débute par le dosage et le mélange des matières premières, un procédé qui autrefois était réalisé manuellement mais qui est désormais entièrement automatisé et sécurisé dans de grands mélangeurs industriels, protégeant ainsi au mieux à la fois les opérateurs et l’environnement.
Différents composants entrent dans la composition d’un pneu, dont le caoutchouc naturel, le caoutchouc synthétique, l’acier, le noir de carbone et la silice. La fabrication repose sur plusieurs formulations de gomme : différents mélanges de gomme sont produits et destinés à des parties spécifiques du pneu, chacun étant conçu pour conférer au pneu des propriétés précises, qu’il s’agisse d’adhérence, de résistance ou de durabilité.
Après cette étape, les composants extrudés sous forme de bandes ou calandrés de feuilles sont assemblés sur l’une des machines d’assemblage de l’usine, avant de passer le processus de vulcanisation dans une presse chauffée, étape irréversible qui donne au pneu sa forme et ses caractéristiques mécaniques finales. Le produit est ensuite soumis à un contrôle qualité minutieux avant sa mise sur le marché.
Investissements et transformation technologique
L’usine luxembourgeoise n’a cessé d’évoluer pour rester compétitive dans un secteur où l’innovation est permanente. Au cours des dernières années, deux projets majeurs ont marqué cette transformation : l’augmentation des capacités de production et l’introduction d’une nouvelle génération de pneus intégrant des technologies plus durables.
Parmi les innovations notables figure l’utilisation croissante de silice issue de cendres de balles de riz, une matière première alternative au noir de carbone traditionnel. Cette silice, produite à partir de résidus agricoles provenant notamment d’Asie, améliore la résistance au roulement des pneus et contribue ainsi à réduire la consommation de carburant et les émissions des véhicules, ces avantages étant particulièrement appréciés par des clients opérant de grandes flottes et par les manufacturiers de poids lourds. De plus, l’utilisation de cette silice permet d’augmenter jusqu’à 55% la part en matériaux d’origine renouvelable ou recyclée.
Or, cette évolution technologique implique également l’adaptation des machines de production et des procédés industriels. Elle illustre l’orientation stratégique du groupe vers des produits encore plus performants et durables, et progressivement plus connectés.
Par ailleurs, Goodyear a engagé plusieurs initiatives pour réduire l’empreinte carbone de ses activités au Luxembourg, notamment à travers l’installation de panneaux photovoltaïques représentant une capacité totale d’environ 7 MWp sur ses sites. En effet, la transition environnementale est au cœur de la stratégie du groupe, qui vise à utiliser uniquement des énergies renouvelables sur tous ses sites de production d’ici 2040. Ces investissements s’inscrivent dans une approche globale visant à réduire l’impact environnemental à la fois des produits et des installations industrielles.
L’humain au coeur du dispositif
Derrière les lignes de production et les laboratoires de recherche, la réussite du site repose avant tout sur les équipes qui y travaillent. Le groupe emploie des profils très variés et met à profit les vases communicants entre les différentes unités pour développer l’expertise : opérateurs, techniciens, ingénieurs, informaticiens ou spécialistes en chimie. L’Innovation Center attire de nombreux talents internationaux, parfois issus d’autres implantations du groupe.
Certaines compétences restent toutefois particulièrement recherchées, notamment les techniciens spécialisés – mécaniciens, électriciens ou électroniciens – dont la pénurie touche l’ensemble du secteur industriel. Goodyear mise également sur la formation avec une vingtaine d’apprentis accueillis chaque année sur ses sites luxembourgeois.
Avec un effectif relativement constant de plus ou moins 3.400 salariés, Goodyear est un acteur économique majeur pour le nord du Luxembourg. L’entreprise contribue à l’activité de nombreux secteurs, de la restauration à l’artisanat, et participe ainsi activement au dynamisme de toute une région.
Soixante-quinze ans après la production de son premier pneu au Luxembourg, le groupe continue ainsi d’écrire une histoire faite d’adaptations, d’investissements et d’innovations.










