L’Europe face aux tensions mondiales

Le monde bouge vite et devient plus complexe. Rivalités géopolitiques, subventions massives, protectionnisme croissant : rien n’est acquis. L’Europe doit choisir : rester ouverte ou se protéger.

Dans ce contexte, la notion de « préférence européenne » fait aujourd’hui l’objet de débats nourris au niveau européen, tant parmi les décideurs politiques que parmi les acteurs économiques.

Mais la question est subtile. Il ne s’agit pas seulement de choisir entre libre-échange et protectionnisme : il faut rester ouvert tout en défendant les intérêts stratégiques et en sécurisant les approvisionnements critiques.

En février 2026, Emmanuel Macron commentait la possibilité d’une préférence européenne : « La préférence européenne est une mesure défensive et essentielle parce que nous faisons face à des concurrents déloyaux qui ne respectent plus les règles de l’Organisation mondiale du commerce. »

Cette déclaration illustre les menaces commerciales réelles. Mais elle souligne aussi un point important : il ne faut pas confondre l’existence de risques avec la nécessité de créer de nouveaux instruments. L’Europe dispose déjà de mesures anti-dumping, de sauvegarde et de quotas pour protéger ses industries. L’enjeu est de renforcer et rendre plus efficace l’existant, plutôt que de multiplier des dispositifs supplémentaires qui compliqueraient inutilement le système.

L’ouverture, notre atout majeur

L’Europe reste l’un des principaux marchés exportateurs mondiaux : les biens exportés par l’Union européenne se mesurent en centaines de milliards d’euros par trimestre. Des machines industrielles aux produits pharmaceutiques, l’Europe est profondément intégrée aux chaînes mondiales. Comme le disait Adel Al-Saleh, CEO de SES, en janvier 2026 dans ces colonnes : « Nous construisons une chaîne d’approvisionnement multinationale, tirant parti du meilleur de l’Europe, des États-Unis et d’autres régions du monde. »

Cette réalité vaut bien au-delà du secteur spatial : elle reflète une dynamique partagée par l’ensemble des grandes entreprises industrielles européennes.

L’ouverture n’est pas une option : c’est un atout.

Ola Källenius, CEO de Mercedes-Benz, l’exprimait en janvier 2026 : « Toute démarche visant à ouvrir les marchés et à renforcer les échanges, ainsi que nos opportunités d’élargir notre solide économie d’exportation, est positive pour l’Allemagne et positive pour l’Europe. »

Cette perspective illustre l’importance du commerce international pour des secteurs fortement exposés à la concurrence mondiale.

L’Europe doit rester compétitive. L’ouverture est la règle, et elle le restera.

Protéger ce qui compte

Certaines industries sont particulièrement stratégiques et exposées aux risques géopolitiques ou technologiques. Dès 2017, Jean-Claude Juncker rappelait que l’Europe devait défendre ses intérêts stratégiques tout en reconnaissant que le commerce crée de la richesse pour tous. Selon le think tank Bruegel, une préférence européenne intelligente peut renforcer les capacités industrielles, favoriser l’innovation et consolider l’autonomie stratégique.

Aujourd’hui, cette préférence doit rester limitée aux secteurs essentiels et s’appuyer sur les marchés publics et les grands programmes européens de financement. Adoptée par l’Union européenne en mars 2026, elle protège l’industrie critique tout en respectant les règles du commerce international. Parmi ces secteurs : la défense et la sécurité, la santé, les technologies à faible émission, ainsi que les industries de base et énergivores comme l’acier, l’aluminium et le ciment.

Comme le rappelait Ursula von der Leyen en février 2026 : « Dans les secteurs stratégiques, la préférence européenne est un instrument nécessaire qui contribuera à renforcer la base de production propre de l’Europe. Mais je veux être claire, c’est une ligne de crête délicate à suivre. »

Bien appliquer la préférence

Pour respecter cet équilibre délicat, la préférence européenne doit être proportionnée, prévisible et régulièrement réévaluée. Elle doit rester compatible avec les accords commerciaux internationaux et encourager la réciprocité avec des partenaires fiables. Il est également essentiel de tenir compte des défis structurels de compétitivité, comme les coûts de l’énergie, les infrastructures ou la complexité réglementaire.

Mais l’efficacité ne dépend pas uniquement des instruments officiels. Le comportement des entreprises et des citoyens joue un rôle clé. Eric Trappier, président de Dassault Aviation, résumait en mars 2025 : « Si les Européens achetaient européen, cela donnerait un boost terrible à l’industrie européenne. »

Cette remarque montre que l’ouverture et le soutien volontaire se complètent : en combinant un cadre politique clair et ciblé avec une culture de soutien au « Made in Europe », l’Europe peut renforcer durablement sa compétitivité et sa résilience industrielle.

Maintenir le cap

L’ouverture reste la clé. La préférence européenne peut offrir un petit coup de pouce et créer un marché pilote pour les secteurs stratégiques sous pression, mais le vrai levier reste le renforcement des fondamentaux économiques : énergie, financement, infrastructures et cadre réglementaire. C’est ainsi que l’Europe restera résiliente, innovante et pleinement maîtresse de son avenir industriel.

Yves Germeaux
Responsable du commerce et des relations internationales