|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Le marché de l’emploi actuel se caractérise par un paradoxe : un chômage élevé et, malgré cela, des entreprises qui peinent à trouver les bons collaborateurs.
Ce paradoxe n’existe évidemment pas seulement au Luxembourg, mais il y est particulièrement prononcé.
Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à l’ADEM est en hausse depuis quatre ans. Actuellement, près de 20.000 personnes résidentes et 4.000 personnes non-résidentes sont directement disponibles pour notre marché de l’emploi. À celles-ci s’ajoutent près de 4.500 chômeurs bénéficiant d’une mesure pour l’emploi en attendant une insertion professionnelle durable.
Le nombre d’offres d’emploi déclarées à l’ADEM, même s’il est moins élevé qu’il y a quelques années, dépasse actuellement 7.000. Chaque mois, environ 15.000 recrutements sont réalisés au Luxembourg. Bien que le marché de l’emploi soit donc nettement moins dynamique qu’avant, un nombre important de personnes y sont recrutées chaque mois.
Alors pourquoi ces recrutements ne font-ils pas baisser le nombre de demandeurs d’emploi ?
Il y a évidemment de multiples réponses à cette question et mon intention n’est pas ici de faire une analyse exhaustive ou même objective de ces raisons.
Je souhaite profiter de cette carte blanche pour mettre l’accent sur un élément qui me paraît essentiel.
Le chômage ne baisse pas automatiquement quand les recrutements augmentent. Il ne baisse (en tout cas directement) que si, et seulement si, les employeurs décident de recruter des personnes qui sont au chômage et pas d’autres.
Je suis évidemment pleinement consciente que ceci n’est pas si simple et que les profils doivent correspondre. Je suis aussi pleinement consciente que les marchés deviennent de plus en plus compétitifs et que nos entreprises ont besoin de profils performants et compétents.
Là où je ne suis cependant pas d’accord, c’est quand les employeurs utilisent ces arguments pour expliquer pourquoi ils ne déclarent pas leurs offres d’emploi à l’ADEM. Ne pas vouloir recevoir de candidatures de personnes juste parce qu’elles sont inscrites à l’ADEM n’est non seulement dommageable pour l’entreprise, surtout dans une période où un nombre important de très bons profils se retrouvent au chômage, mais est aussi illogique dans une perspective économique. Ne pas agir résolument contre le chômage coûte cher à l’État et donc à tous les contribuables, y compris aux entreprises. Le coût est à la fois direct, puisqu’il faut financer les indemnités de chômage, et indirect, car la persistance d’un chômage élevé fragilise notre système social et risque de compromettre la paix sociale.
C’est là que je me permets de formuler un rêve…
Je rêve du moment où le fait d’être demandeur d’emploi inscrit à l’ADEM ne serait plus une faiblesse mais un atout ! Où, si l’employeur est amené à choisir entre deux candidats avec un degré égal de compétences, il choisirait la personne qui n’a pas d’emploi plutôt que celle qui doit être débauchée du concurrent ou venir de loin. Une sorte de discrimination positive, en un sens, qui se mettrait en place parce que les entreprises, dans leurs efforts de responsabilité sociale, se seraient fixé des objectifs en termes de recrutement de demandeurs d’emploi. Un chef d’entreprise pourrait par exemple décider que 10% des recrutements effectués par son service RH cette année concernera des personnes au chômage. D’un secteur d’activité à l’autre, d’une taille d’entreprise à l’autre, ce pourcentage serait évidemment différent. Ce qui compte, ce n’est pas tellement le chiffre d’ailleurs : c’est l’intention. Le fait de prendre conscience que, pour faire baisser le chômage, il faut recruter des demandeurs d’emploi et que chacun devrait, à son niveau, y contribuer.
On pourrait décliner cet indicateur de multiples façons : les uns voudront peut-être plus mettre l’accent sur l’embauche de jeunes demandeurs d’emploi pour leur permettre d’obtenir une première expérience, d’autres seront plus enclins à privilégier l’embauche de « seniors » ou de bénéficiaires de protection internationale, par exemple.
Ce rêve n’en est plus vraiment un…
En fait, c’est exactement ce qui a été mis en place depuis un an avec 27 entreprises luxembourgeoises qui se sont engagées dans le programme « Entreprise, partenaire pour l’emploi »
mis en place par l’ADEM en coopération avec l’Union des entreprises luxembourgeoises. Ces 27 entreprises se sont fixé un indicateur quantitatif mesurant la part de demandeurs d’emploi dans l’ensemble des recrutements annuels. Cet indicateur varie entre elles, de 5 % à 45 %, mais il reste systématiquement supérieur à la part de demandeurs d’emploi effectivement recrutés au cours des années précédentes.
Pour atteindre l’objectif établi, nous avons convenu, avec ces entreprises, d’actions à mener ensemble. Les premiers résultats sont très positifs. Ce qui est surtout remarquable, c’est que cet indicateur à atteindre transforme nos échanges. Comme nous avons un objectif commun, nous sommes sans doute davantage concentrés, plus mobilisés, sans doute aussi plus créatifs et, chose essentielle, nous discutons beaucoup plus régulièrement entre nous.
Je voudrais donc remercier les dirigeants d’Auchan, de la BCEE, de la BIL, de BDO, de Cactus, du CHL, du Centre hospitalier du Nord, du CHEM, de Cocottes, de Concept & Partners, de Clearstream, d’Elisabeth, de Forvis Mazars, des Hôpitaux Robert Schuman, de Hornbach, de Husky, de Kronospan, de La Provençale, de Luxair, de Luxcargo Handling, d’Onet, de Panelux-Fischer, de Post, de Raiffeisen, de Reckinger, de Sodexo et de la Stëftung Hëllef Doheem qui se sont engagées dans ce chemin.
J’espère que beaucoup d’autres suivront. L’ADEM est en tout cas à votre service pour vous accompagner et pour vous fournir les données nécessaires à l’établissement de ce nouvel indicateur « embauche de demandeurs d’emploi ».