Getting your Trinity Audio player ready...

Le gouvernement actuel s’est engagé, dans son accord de coalition, à moderniser le droit du travail; cette modernisation doit permettre davantage de flexibilité choisie, encadrée et mutuellement bénéfique, au service à la fois des salariés et des entreprises.

La question centrale est donc simple : comment répondre, dans le cadre légal actuel, entre autres, aux demandes concrètes de salariés qui cherchent à mieux concilier leur vie privée et leur vie professionnelle, lorsque ces demandes sont réalisables pour l’entreprise mais juridiquement risquées ?

Quatre situations récurrentes montrent le décalage entre les besoins actuels et les rigidités du Code du travail.

Premier exemple : un salarié souhaite répartir son temps de travail sur quatre jours de 10 heures, au lieu de cinq jours de 8 heures. La demande est claire et répond à un objectif de conciliation, mais le cadre légal limite en principe la durée journalière à 9 heures lorsque le travail est réparti sur cinq jours ou moins. L’employeur se retrouve donc face à une alternative peu cohérente : refuser une organisation souhaitée par le salarié ou risquer que la dixième heure soit traitée comme une heure supplémentaire.

Deuxième exemple : un salarié occupant un poste télétravaillable souhaite commencer sa journée à domicile afin d’éviter les heures de pointe, puis rejoindre les locaux de l’entreprise. La solution paraît pragmatique, mais le temps de trajet après une période de télétravail est assimilé à une pause, alors que le Code du travail ne permet qu’une seule pause non rémunérée par journée. Là encore, l’employeur peut être conduit à refuser une organisation pourtant rationnelle pour le salarié comme pour l’entreprise.

Troisième exemple : un salarié à temps partiel, pour des raisons personnelles ou familiales, souhaite regrouper son temps libre sur certaines périodes de l’année. La demande vise une organisation plus adaptée à sa réalité, mais les règles issues de la réforme de 2016 limitent fortement les marges de flexibilité sur les périodes de référence et peuvent entraîner des congés supplémentaires ou le paiement d’heures supplémentaires. Le cadre actuel transforme ainsi une solution souhaitée en contrainte coûteuse.

Quatrième exemple : un salarié souhaite, pour des motifs personnels ou familiaux, répartir ses deux jours de repos hebdomadaire sur la semaine, par exemple le dimanche et le mercredi, plutôt que de les prendre consécutivement. Cette organisation peut mieux répondre à ses besoins, mais elle risque de priver l’employeur du respect formel du repos hebdomadaire ininterrompu de 44 heures et d’entraîner des compensations supplémentaires. Une demande individuelle raisonnable devient alors juridiquement difficile à accepter.

Ces situations ont un point commun : l’employeur n’est pas empêché par l’organisation du travail, mais par un cadre légal qui transforme sa bienveillance en risque juridique et financier. Conformément à la législation actuelle, il peut être amené à opposer un refus sec à des demandes pourtant exprimées par les salariés eux-mêmes.

La question n’est donc pas de supprimer la protection des salariés, mais de vérifier si certaines règles, conçues dans un contexte social et économique différent, répondent encore aux réalités d’aujourd’hui. Les contraintes familiales, les attentes en matière d’autonomie, l’évolution du télétravail et les difficultés de mobilité imposent de rapprocher le droit du travail de la réalité vécue par les salariés et les entreprises.

Le législateur doit naturellement maintenir des garde-fous et garantir que les choix des salariés soient libres, éclairés et compatibles avec l’organisation de l’entreprise. Mais la modernisation annoncée doit permettre aux employeurs d’accepter, dans un cadre clair et sécurisé, des demandes praticables émanant de salariés émancipés. Un droit du travail moderne ne doit pas opposer protection et flexibilité responsable ; il doit permettre leur articulation au bénéfice des deux parties.

La modernisation nécessaire du droit du travail ne saurait toutefois se limiter à répondre aux seules demandes des salariés. Elle devra également intégrer des adaptations de bon sens, dictées par les contraintes auxquelles les entreprises sont confrontées et par les transformations profondes du monde du travail.

Marc Kieffer
Secrétaire Général de la FEDIL