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Le bois a le vent en poupe. Matériau renouvelable, capable de stocker durablement le carbone capturé en forêt, il incarne aujourd’hui ce que beaucoup attendent d’une économie plus sobre : construire avec ce que la nature nous offre plutôt qu’avec ce qu’elle ne pourra plus nous donner. Cette adhésion du public au bois-matériau, notre secteur s’en réjouit. Elle rejoint d’ailleurs l’ambition du Programme Forestier National 2026–2040, actuellement en consultation, qui vise 30% de constructions nouvelles en bois.

Mais il y a un angle mort. Ce même public qui plébiscite le bois, se détourne ou s’inquiète, dès qu’il s’agit de l’exploitation forestière elle-même : les coupes, les engins, les chantiers en forêt, l’industrie de transformation. Comme si le matériau pouvait exister sans le travail qui le produit. Comme si une planche de chêne ou une charpente en épicéa tombait du ciel plutôt que de sortir d’un peuplement géré, entretenu, exploité par des femmes et des hommes qui en vivent. Sur la durée de vie d’un peuplement, l’activité économique n’occupe qu’une fraction infime du temps et de la surface ; le reste, la forêt est aux promeneurs, à la biodiversité, aux loisirs. C’est précisément cette activité ponctuelle et encadrée qui finance l’entretien des peuplements et garantit, à long terme, toutes les autres fonctions de la forêt. Il est temps de le dire clairement, et les campagnes de sensibilisation prévues par le PFN devront y contribuer.

Car pendant que l’on demande davantage de bois local, l’offre recule : le volume sur pied et la production baissent, la mortalité des arbres augmente, et des industries de transformation dans la région ferment faute de matière première locale à transformer. Si l’offre ne suit pas la demande, ce sont les importations qui combleront l’écart – au détriment de la valeur créée ici, des circuits courts et du bilan carbone de la filière. FEDIL Bois le répète : l’équilibre entre l’offre et la demande doit être pensé sur toute la chaîne, de la plantation à la valorisation, et devenir un objectif transversal des politiques environnementale et économique.

À cette difficulté structurelle s’ajoute un fardeau qui n’a rien de forestier mise à part les montagnes de papier qu’il produit: la surrèglementation européenne. L’exemple du règlement européen sur la déforestation (EUDR) est éclairant. Ce texte a manifestement été conçu dans une tour d’ivoire, loin du terrain qu’il prétend régir. Et ce constat, nous ne sommes pas seuls à le faire : les administrations chargées de le mettre en œuvre, déjà mobilisées sur de nombreuses autres missions, peinent à suivre le rythme de la réglementation. Résultat, une charge administrative supplémentaire imposée à des entreprises et des services publics qui, eux, n’ont pas attendu Bruxelles pour agir : au Luxembourg, la déforestation est interdite par la loi depuis longtemps. Nous n’avions pas besoin d’un règlement européen pour atteindre un objectif que notre législation nationale garantit déjà.

Il est temps de rééquilibrer les choses. Rééquilibrer entre une demande de bois qui croît et une offre locale qu’il faut sécuriser – par le reboisement rapide des surfaces endommagées, par la maîtrise du déséquilibre forêt-gibier, par une politique de plantation flexible qui concilie adaptation climatique et besoins économiques de la filière. Rééquilibrer aussi entre la reconnaissance dont bénéficie le bois-matériau et celle, encore trop timide, que mérite le travail forestier et l’activité industrielle en aval. Et rééquilibrer, enfin, entre l’ambition réglementaire européenne et sa capacité réelle à se déployer sur le terrain, pour que les entreprises, comme les administrations qui les accompagnent, puissent se concentrer sur leurs missions premières : produire, transformer et gérer durablement une ressource dont notre société a de plus en plus besoin.

Photos : © Forbes Luxembourg